[Critique] En Quarantaine
Quand j'ai appris que En Quarantaine, le remake du génial REC sortirait en France en DTV, je n'ai eu qu'une chose à dire : TANT MIEUX ! Pour ceux qui ne le savent pas : le tournage de En Quarantaine a débuté à peine 9 mois après la fin du tournage de REC (le film n'était donc même pas sorti dans les salles), pourquoi ? Parce que les américains ne voulaient pas sortir un film espagnol chez eux pour d'obscures raisons... Moi j'appelle ça de la connerie pure et dure.J’ai quand même, tant bien que mal, tenté de regarder ce film de la manière la plus objective possible, en essayant d’oublier son illustre prédécesseur. Mais force est de constater que même de ce point de vue, En Quarantaine reste un bonne grosse daube qui aurait au moins pu tenter de comprendre REC, histoire de sauver les meubles.
Techniquement, il n’y a rien à reprocher au film. L’image est jolie, plutôt bien éclairée et les effets spéciaux, aussi bien au niveau du numérique que du maquillage, sont de très bonne facture (quoi que certaines morsures puent le latex confectionné à la va-vite et paraissent toute plates). On peut aussi apprécier certains passages gentiment gore quoi que totalement inutiles d’un point de vue scénaristique. Et au scénario c’est bien là que le film commence sa longue dégringolade dans le n’importe quoi et le ridicule… Non seulement il est bourré d’incohérences au niveau des quelques nouvelles séquences, mais en plus, jamais les personnages ne sont cernés. La psychologie de chacun est totalement passée à la trappe. Le coté ultra voyeur d’Angela Vidal n’est jamais développé, elle apparaît plus comme une fouineuse très coconne. Les habitants de l’immeuble, eux, sont réduits à de simples tas de viande en attente de se faire déchiqueter. Quand au policier, lui c’est sûrement le pire. Personnage donc les actions n’ont strictement aucun sens. Là où le coup réussi de REC était d’avoir rendu la figure d’autorité vulnérable et complètement dépassée par les événements, notre flic devient ici une sorte de cow-boy qui sort son flingue quand on le fait chier et qui ne semble jamais stresser. Il faut dire que l’interprétation du monsieur est sûrement la pire de toute, quoi que les 2 blacks qui remplacent les chinois du film espagnol sont vraiment les plus ridicules de tous (au moins ils nous font marrer !).
Et dans une transition parfaitement amenée, je peux maintenant parler d’un autre aspect particulièrement choquant de ce film : les acteurs… Tous en roue libre et visiblement paumés dans des rôles quasiment improvisés, écrits avec les pieds et, comme je l’ai déjà dis, jamais approfondis. Jennifer Carpenter est très jolie c’est vrai (encore que de ce coté là, Manuela Velasco remporte largement la palme !), mais jamais à la hauteur, que ce soit dans les moments où elle est sensé défendre son caméraman pour qu’il puisse continuer de filmer, autant que dans les moments d’épouvante “pure et dure” (j’insiste sur les guillemets). Les pompiers sont plus des caricatures que de vrais personnages : un déconneur qui sort sans arrêt des vannes de merde, et le héros façon 11 septembre. Le pauvre Jay Hernandez (Hostel, Live) ne sait visiblement jamais comment interpréter un pompier auquel, forcément, on ne croit pas une seule seconde. En même temps, tous sont tellement mauvais que l’on pourrait rejeter la faute sur une direction d’acteurs sûrement à gerber. Ainsi la présence d’un mauvais réalisateur pourrait être la cause du mal !
Et dans une nouvelle transition parfaitement amenée, voici que l’on peut s’attarder sur l’aspect à coup sûr le plus énervant de ce film : LA REALISATION ! Avant de faire un remake, la moindre des choses est de comprendre le film original ! Faire du simple copier coller est à la porté de tout le monde, surtout quand il n’est pas réfléchi ! Ainsi, sans jamais se soucier de l’histoire qu’il raconte, John Erick Dowdle (retenez ce nom, il sera bientôt lynché sur la place publique !) ne fais qu’aligner les séquences en singeant son modèle, et c’est avec une hypocrisie rageante qu’il tente de nous faire croire l’inverse, en rajoutant par ci par là de petites saynètes. Ajouts complètement à coté de la plaque puisque jamais ils ne servent l’intrigue ! Bon après y a des trucs marrant, c’est clair que c’est drôle de voir un type avec une fracture ouverte à la jambe marcher en se pliant le tibia. C’est gore, mais c’est complètement con et ça alimente le coté hésitant du film qui ne sait jamais choisir entre un traitement réaliste de l’intrigue (voire le remaniement de la fin), ou bien basculer de plein pied dans le fantastique.
Fantastique, c’est également l’exact opposé de la mise en scène (notez une nouvelle fois l'élégance de la transition). Là où la caméra à l’épaule de REC savait être immersive en se faisant oublier et en offrant des plans fixes de temps à autre, celle d’En Quarantaine est certainement le pire exemple de caméra parkinsonnienne qu’on ait pu voir à ce jour, rivalisant avec celle de Paul Greengrass. Jamais cadré plus large qu’un plan serré, jamais stable, abusant de zooms et dézooms complètement superflus, tout y passe ! A tel point que j’ai pour la première fois réellement eu la gerbe en regardant un film ! Même les mouvements balançant d’Irréversible sont moins déstabilisants ! Un style qui, en plus d’être visuellement hideux (ce qui est dommage car comme je l’ai dis au début, l’image en elle-même est plutôt jolie), est complètement stupide et incohérent. Le type qui tient la caméra est sensé être un caméraman professionnel et il n’est jamais foutu de pondre un plan stable ou d’avoir une bonne mise au point… Et puis c’est vrai que quand on est en réelle panique, et qu’on tient une caméra, la première chose à laquelle on pense, c’est à faire plein de zooms et dézooms hyper rapide qui donnent bien envie de vomir !
Mais de toute façon comment offrir une bonne mise en scène lorsqu’on ne comprend strictement rien au rapport que REC entretenait avec son public, jusqu’à offrir une expérience ludique ? Car si REC était un véritable tour de montagnes russes, En Quarantaine n’arrive même pas au niveau du pire tour d’auto-tamponneuses. Là où REC fonctionnait sur une mécanique de suspens maîtrisée à la perfection, c’est par celui-ci que naissait la tension, et grâce à lui que le final était marqué d’une putain de frousse ! Dans le remake, le sens de la mise en scène n’a jamais été compris et tous les effets sensés faire peur tombent à plat. Je parlais du pompier qui remarche tout à l’heure, idée marrante mais très conne vu qu’elle annonce directement que le mec va finir par bouffer tout le monde par la suite. Pire encore, la séquence de la gamine où un type s’écrit « Elle est là ! » avant que la caméra ne la révèle, là où REC la laisser pénétrer dans le champ de façon quasi fantômatique. Oui, dans En Quarantaine on revient quelque part au sources du cinéma : le hors champ n’existe pas… Donc avant de le révéler, il faut l’annonce, c’est logique. Pathétique. Surtout quand on sait que la notion de l’omniprésence du hors champ dans REC était l’un des principaux ingrédients de l’efficacité du film.
Bref, ce blog ressemble un peu à une suite de descente de navets, mais que voulez vous, ces films là aussi marquent, je vais me rattraper sous peu, promis. Il faut dire que ce film est tellement honteux dans sa confection et dans son intention que c’est difficile de contenir une rage pourtant inévitable. Allez paf, prend-toi un 0 dans la tronche toi aussi, tu mériterais un score négatif !
![]()